Les Républicains Espagnols en Lot-et-Garonne – 2- Solidarité

Ce deuxième article, d’une série de 10 que nous avons initié avec la précédente contribution de notre amie Danielle DARQUIE, constitue une étude de synthèse rédigée par notre Président Alain MIRANDA à l’occasion de la visite de l’association ABBAN dans le fumélois en septembre dernier.

Lot-et-Garonne : de la solidarité avec l’Espagne Républicaine aux Républicains Espagnols devenus lot-et-garonnais1

 

Un département en pointe dans la solidarité avec l’Espagne

Deux caractéristiques de ce département expliquent pourquoi le Lot-et-Garonne, au-delà de sa situation géographique, a fait partie des départements français les plus en pointe pour la solidarité avec l’Espagne.

Le Lot-et-Garonne est un département d’immigration, les italiens dans l’agriculture, l’immigration interne (les Bretons, les Vendéens..), les Belges et les Suisses.

Parmi eux les Espagnols,  » afrancesados  » venus avec Joseph Bonaparte, réfugiés politiques liés aux guerres carlistes, économiques.

Les usines de bouchons à Mézin, Lavardac et Barbaste, beaucoup dans la vallée du Lot, dans le Villeneuvois des terrassiers et manœuvres employés par la société de travaux publics chargée de la construction de la ligne de chemin de fer de Villeneuve-sur-Lot, à Fumel les usines de la Société Métallurgique du Périgord.

Ainsi la société de secours mutuel la « Fraternelle Espagnole », constituée à Fumel en 1922, compte en 1925 120 membres.

En 1925 il y a en Lot-et-Garonne 2 552 Espagnols sur 6 512 étrangers.

Ils seront un soutien de la République au moment du coup d’état des généraux félons.

Un deuxième facteur est lié à l’existence en Lot-et-Garonne d’un communisme rural, d’une forte implantation du mouvement communiste (3 500 adhérents au P.C.F en 1936).

Renaud JEAN a été le premier député communiste élu en France en décembre 1920 et en 1936, au moment du Front Populaire, le Lot-et-Garonne compte deux députés communistes, Robert PHILIPPOT à Agen et Renaud JEAN à Marmande élus aux élections des 26 avril et 3 mai 1936 et un député radical.

Lorsque sera perpétré le coup d’état contre la République en Espagne le 18 juillet 1936 il y aura de ce fait une sensibilité et une réaction particulière en Lot-et-Garonne.

  1. Solidarité politique contre l’agression fasciste

Le 22 août 1936 le parti communiste prend l’initiative de proposer aux partis du Front Populaire d’organiser des meetings de solidarité.

Ils seront nombreux et compteront sur une importante participation au regard de la population du département :

5 septembre 1936, meeting à Marmande avec un slogan « des avions pour l’Espagne », 12 septembre, 1 500 participants réunis à Agen, 15 septembre, à Casteljaloux contre la non intervention

– à Fumel, des milliers de personnes, précédées d’une fanfare, manifestent le 13 septembre 1936, drapeaux rouges et tricolores déployés jusqu’à l’esplanade du kiosque à musique où se déroulera un meeting après la traversée de la ville

– le 20 février 1937 au skating d’Agen les 2 500 personnes présentes reçoivent des combattants asturiens un drapeau en remerciement de leur solidarité avec l’inscription « Les combattants d’Oviedo en remerciement à leurs camarades du Front Populaire d’Agen ».

– le 24 mars 1938 c’est sous la présidence du maire d’Agen que 4000 personnes à la halle du Pin pour « sauver l’Espagne ».

  1. Solidarité financière et alimentaire

Un réseau très dense de structures de solidarité se constitue en Lot-et-Garonne, des comités de soutien existent dans pratiquement toutes les localités organisant collectes financières, de vivres et de médicaments notamment dans les campagnes.

Le tout coordonné par le Secours Rouge International qui deviendra ensuite le Secours Populaire.

Un comité départemental de solidarité avec l’Espagne républicaine est créé, installé dans les locaux de la bourse du travail à Agen.

Un comité Mouvement des femmes contre la guerre et le fascisme regroupe 130 femmes lot-et-garonnaises et organise des conférences et des collectes de produits alimentaires.

A Fumel, Agen, Barbaste, Lavardac, Villeneuve à partir de septembre-octobre 1936 des espagnols s’engagent à verser toutes les semaines ou quinzaines une contribution pour l’Espagne (exemple à Fumel 2 000 francs par mois).

Des collectes en nature sont organisées à la campagne, en septembre 1936 et permettent par exemple au groupe d’Agen de récolter 800 kg de pommes de terre et 200 kg de haricots, à celui de Fumel plus actif 2 tonnes de pommes de terre, des vêtements, des produits pharmaceutiques, du riz.

En janvier 1937 un bateau de vivres et vêtements part de Bordeaux vers Bilbao, acheminé depuis la bourse du travail d’Agen avec une contribution pour le Lot-et-Garonne de 100 tonnes de marchandises et 60 000 francs.

Tout ce mouvement de solidarité se poursuivra au long des années 1937 et 1938.

  1. Accueil des enfants

Deux convois d’enfants orphelins venus d’Irun et du Pays Basque espagnol arrivent en octobre 1936 en Lot-et-Garonne parce que le département a des liens privilégiés avec cette région.

La CGT joue un rôle majeur pour leur hébergement et la mise en place d’une cantine qui fonctionne à l’intérieur de ses locaux.

Un autre convoi arrive en avril 1937.

Les enfants sont accueillis par des familles d’Agen, de Villeneuve-sur-Lot, de Marmande, à la campagne.

Il s’agit majoritairement de garçons de 6 à 13 ans qui pour certains participeront à la manifestation du 14 juillet 1937 organisée par les partis du Front Populaire (1 500 personnes).

Et ce sera ensuite la solidarité qui se manifestera à l’occasion de la retirada, avec le 29 janvier 1939 un premier convoi de réfugiés qui arrive en gare d’Agen (625 femmes, enfants et vieillards) suivi le 30 janvier d’un deuxième convoi de 350 personnes et la création, partout, de comités d’accueil.


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  1. Cette conférence a été préparée à l’aide des travaux réalisés par nos amis Pierre ROBIN, animateur des Amis du Vieux Nérac, Fabien GARRIDO et grâce aux recherches effectuées aux archives départementales de Lot-et-Garonne par nos amis de MER 47 : André ESCOBAR, Isabelle MAZEAU, Louis RODRIGUEZ, Paquita RUIZ.

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