Les Républicains Espagnols en Lot-et-Garonne – 8- Eysses

Lot-et-Garonne : de la solidarité avec l’Espagne Républicaine aux Républicains Espagnols devenus lot-et-garonnais1

Les Républicains Espagnols à EYSSES

En septembre 1943, le gouvernement de Vichy décide de concentrer tous les condamnés et prévenus pour faits terroristes dans seize prisons dont Eysses en Lot-et-Garonne. Ils seront finalement 1 200 à rejoindre la centrale, venus principalement de la zone Sud mais aussi de Paris et du Nord.

Parmi eux beaucoup de républicains espagnols (un listing réalisé par notre ami Fabien Garrido en recense 86 soit plus de 7 % des détenus), dont certains investis de responsabilités importantes que ne soupçonnaient pas les services de police de Vichy et les nazis : des dirigeants nationaux du P.C.E et du P.S.U.C, Luis MARRASE ancienne estafette personnelle du président NEGRIN et responsable de la presse clandestine espagnole et catalane, d’anciens haut gradés ou commissaires politiques de l’armée républicaine….

Très rapidement « l’esprit d’Eysses » régnera dans la centrale et imposera le respect des droits des politiques qui y sont internés, une organisation clandestine et pluraliste se mettra en place, outre le partage de la nourriture ce sera également celui du savoir, des cours seront dispensés, des conférences …. Et la solidarité, « Unis comme à Eysses ».

Le 9 décembre 1943, un détachement de G.M.R vient prendre livraison de 154 détenus jugés irréductibles, dont des anciens des Brigades Internationales, pour les livrer aux nazis. Les internés refusent de quitter les dortoirs et s’y barricadent, leurs camarades enfoncent les portes des dortoirs, un millier d’hommes font face dans l’allée de l’infirmerie aux mousquetons des G.M.R et entonnent la Marseillaise. Au bout de trois jours, « les 3 glorieuses », Vichy recule et les G.M.R se retirent.

Le 4 janvier 1944 une première évasion réussie de 54 détenus sera suivie le 19 février 1944 d’une tentative d’évasion collective des 1 200 politiques détenus à Eysses.

Elle se déroulera sous la direction du Colonel Fernand Bernard, ancien d’Espagne, membre de l’état-major de la 35ème Division Internationale puis commandant de la 139ème Brigade Mixte. L’arrivée impromptue de la corvée des droits communs va faire échouer la sortie et les combats qui s’en suivront dureront douze heures aux termes desquelles, après que des négociations se soient ouvertes avec la préfecture, les insurgés regagnent leurs dortoirs, rendent les armes et libèrent leurs otages sur la promesse qu’il n’y aurait pas de représailles.

Le milicien SCHIVO, directeur de la centrale et DARNAND, secrétaire général au maintien de l’ordre de Vichy, venu sur place, ne tiendront pas parole. Le 23 février Eysses devient le siège d’une cour martiale qui condamne à mort, à huis clos, sans aucune défense ni possibilité d’appel, douze des insurgés. Leur exécution suit immédiatement le prononcé de la sentence. Parmi les 12 fusillés, deux républicains espagnols : Domenec SERVETO BERTRAN et Jaime SERO BERNAT qui ne seront reconnus Morts pour la France que 67 ans plus tard en février 2011.

Rappelons qui ils étaient :

  • Jaime SERO BERNAT, militant des Jeunesses Libertaires, intégra le Corps des Carabiniers durant la Guerre d’Espagne. Réfugié en Normandie, il adhéra au PSUC en octobre 1942. Après la rafle du 30 novembre 1942 qui décapita la Direction espagnole de la Zone Occupée, Jaime SERO s’installa à Paris où il réorganisa des groupes espagnols et servit d’instructeur militaire à des Résistants français. Arrêté en avril 43, il sera jugé et condamné en juillet 43 par la Section Spéciale de Paris, Tribunal d’exception mis en place par Vichy pour lutter contre la Résistance. A Eysses, il fut blessé lors des combats du 19 février et fusillé.

  • Domenec SERVETO BERTRAN, également militant du PSUC. On ignore quel fut son rôle exact durant la Guerre d’Espagne mais il semble avoir été chargé de missions secrètes. Resté clandestin en Catalogne après la victoire des troupes franquistes, il doit brusquement se réfugier en France en 1940. Détenu à Septfonds, il sera arrêté en juillet 1941 pour son activité clandestine dans le camp puis condamné par le Tribunal Militaire de Montauban, autre tribunal d’exception de Vichy. Blessé le 19 février comme son camarade SERO, il sera également fusillé.

La répression ne s’arrêtera pas là. Le 15 mai, 36 détenus sont amenés à BLOIS, prison allemande d’où ils seront déportés en Allemagne. Le 30 mai 1944, les 1 121 détenus restants sont amenés à la gare de Penne d’Agenais, la majorité d’entre eux en camions, l’autre partie à pied, mains sur la tête sous les coups des S.S et des miliciens, d’où ils seront déportés vers Compiègne puis Dachau. C’est sur ce trajet de Villeneuve à Penne qu’Angel HUERGA FIERRO, jeune ingénieur agronome, sera lynché par les S.S de la division Das Reich.

Angel HUERGA s’était engagé, au tout début de la Guerre d’Espagne, dans les Services de Renseignement puis avait servi comme Instructeur politique de Division. A Eysses, il faisait partie du triangle de direction de l’organisation espagnole. Sa très jeune fille fut recueillie et élevée par un Sénateur français.

Liste des détenus espagnols

– ALEGRIA Guillermo
– ALVAREZ Amador
– ARBOS José
– AZAGRA ANSADO Pascual
– AZNAR Damian
– BALLESTER Jaime
– BARRIO Joaquin
– BERENGUER Alfonso
– BLASQUEZ Bernardo
– BONET Manuel
– BUJ FERRER Ramon
– BUSCART Miguel
– CABALLERO Manuel
– CAMARASA Martin
– CANADELL CASTRO Lluis
– CANET Joaquin
– CANET Modesto
– CAPELLA José
– CARDONA José
– CERRADA Pedro
– COMABELLA José
– DEL RIO Florentin
– DIAZ GIMENEZ Celso
– FAMADA FACUNDO Pascual
– FOMBONA José
– FRAILE Jésus
– GARCIA FERNANDEZ
– GARCIA MELENDEZ Antonio
– GARRIDO VIDAL Ramon
– GIL SANCHO José
– GIMENEZ RUPERTO Julian
– GISBERT Baldovi
– GOMEZ Victor
– GONZALEZ TRAVANO Felipe
– GRANADOS Eugenio
– GUARDIA HERNANDEZ
– GUILLEN AGUERRA
– HERNANDEZ Alfonso
– HUERGA FIERRO Angel
– IGLESIAS Ignacio
– JAVIER
– LASO Vicente
– LATORRE Domingo
– LINARES Juan
– LLANOS ALONSO Félix
– LOPEZ Bautista
– LOPEZ DEL MORAL Francisco
– LORIZ Lorenzo
– MARBA PLANAS Julio
– MARTIN Alfonso
– MARTIN CARRO Pedro
– MARTIN NUNEZ Juan
– MARTINEZ Gastón
– MARTORELL Joan Luis
– MERCADER Juan
– MURCIA José
– PAGES Pedro
– PALOMO ROJAS Evaristo
– PARRA Roméo
– PEREZ José
– PEREZ REVILLA José Antonio
– PONS Antonio
– PORTOLES Miguel
– RASO Eurique
– RIPOLL SERRA Juan
– RODES BLEY
– RODRIGUEZ Antonio
– RODRIGUEZ Estanislao
– SABATE Miguel
– SALAS Pablo
– SALAZAR Rafael
– SANCHEZ Alberto
– SANCHEZ Isidorio
– SANTOS MANZANARES
– SERO BERNAT Jaime
– SERVETO BERTRAN Domenec
– SOLANO ALONSO Wilebaldo
– TERRIZA Victor
– TORRES Enrique
– TORRES Miguel
– TURIEL Juan Antonio
– TURON José
– VILA SALO Casimiro
– ZAYUELAS César


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  1. Cette conférence a été préparée à l’aide des travaux réalisés par nos amis Pierre ROBIN, animateur des Amis du Vieux Nérac, Fabien GARRIDO et grâce aux recherches effectuées aux archives départementales de Lot-et-Garonne par nos amis de MER 47 : André ESCOBAR, Isabelle MAZEAU, Louis RODRIGUEZ, Paquita RUIZ.

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