Un Noos en travers de la gorge du roi

Dans le procès de l’affaire « Noos », Cristina Federica Victoria Antonia de la Très Sainte Trinité de Bourbon et de Grèce, son mari Iñaki Urdangarin ainsi que plusieurs anciens élus du Parti populaire, sont prévenus d’infractions financières.

Les faits reprochés 

L’Institut Noos est une fondation créée par Diego Torres, Carlos García Revenga, Miguel Tejeiro, Iñaki Uradangarin et son épouse Cristina de Bourbon. En septembre 2003 Inaki Urdangarin en devient le président, son épouse étant quant à elle membre du conseil d’administration et porte-parole de la fondation. Les activités de la fondation ont rapidement prospéré. L’institut Noos a notamment conclu des contrats avec les régions des Baléares et de Valence, alors dirigées par le Parti Populaire, portant sur l’organisation de congrès. Selon l’accusation ceux-ci étaient facturés aux collectivités territoriales pour des montants disproportionnés au regard des prestations réellement accomplies. La fondation était un paravent facilitant, du fait de son statut d’organisme dépourvu de but lucratif, le versement d’argent public. Elle sous-traitait ses activités à des sociétés commerciales qui surfacturaient leurs prestations ou émettaient de fausses facures. L’une de ces sociétés, Aizoon, était détenue pour moitié par Cristina de Bourbon et son époux. Les détournements atteindraient plusieurs millions d’euros. Parallèlement le couple princier aurait omis de déclarer les revenus de ces opérations.

Cristina de Bourbon invoque son ignorance des faits. Durant l’instruction son mari s’est efforcé de la disculper et contestait tout lien entre le palais et ses activités. A l’inverse Diego Torres, affirme que la maison royale était informée des affaires de Noos.

Le ministère public requiert seize ans et demi d’emprisonnement à l’encontre de Diego Torres et dix-neuf ans et demi à l’encontre d’Inaki Urdangarin. En revanche le procureur sollicite la mise hors de cause de l’infante, considèrant qu’elle n’aurait commis aucune infraction pénale, mais serait uniquement tenue à titre civil, au remboursement des sommes dont elle aurait pu profiter en raison des malversations de son mari.

L’accusation à l’encontre de Cristina de Bourbon est soutenue par le syndicat d’extrême-droite Manos Limpias, qui a eu recours à la procédure appelée « accusation populaire » permettant en Espagne à un particulier ou une organisation non impliquée dans les faits ni victime de ceux-ci, de saisir la justice ; ce syndicat sollicite une peine de huit ans de réclusion à l’encontre de l’infante.

L’instruction

L’instruction de l’affaire Noos a été ouverte le 22 juillet 2010 au cabinet du juge Castro. Celui-ci a mis Diego Torres en examen un an plus tard, pour détournement de fonds publics. Au mois de décembre 2011, ce fut au tour d’Iñaki Urdangarin d’être inculpé, pour malversations, fraude fiscale, trafic d’influence, escroquerie et blanchiment, avant d’être auditionné par le magistrat les 25 et 26 février 2012.

Le 3 avril 2013 l’infante a également été mise en examen, le magistrat la soupçonant d’avoir pris part aux malversations avec son mari. Le parquet a formé un recours contre cette décision et obtenu que ce chef d’inculpation ne soit pas retenu. Persévérant, le 7 janvier 2014 le juge Castro a de nouveau inculpé Cristina de Bourbon, désormais pour des délits fiscaux et blanchiment de capitaux ; il l’a auditionnée durant sept heures le mois suivant. Le magistrat a clôturé son instruction le 25 juin 2014. Mais la chambre d’appel a réduit les charges contre l’infante le 7 novembre 2014, abandonnant l’accusation de blanchiment. Demeure à l’encontre de Cristina de Bourbon l’incrimination de complicité de fraude fiscale.

Le 22 décembre 2014 le juge Castro a ordonné le renvoi de 18 prévenus devant le tribunal pour y être jugés, en ce compris Christina de Bourbon et son mari, l’ancien président régional des Baléares, le conservateur Jaume Matas, ainsi que divers responsables des gouvernements de l’archipel et de la région de Valence, élus du Parti Populaire.

2 réponses sur “Un Noos en travers de la gorge du roi”

  1. Il nous est permis de nous faire des illusions…Mais seuls seront condamnés les « porteurs de valises », comme d’habitude. Et à propos de la photo illustrant le sujet, le célèbre tableau de Goya, voici l’anecdote, non moins célèbre du commentaire que fit Th. Gautier en voyant pour la première fois ce tableau: « On dirait le boulanger du village avec sa famille après avoir gagné le gros lot de la loterie nationale » Cela m’a toujours amusé. Saludo republicano

    1. Théophile Gautier a eu la dent dure à l’égard des boulangers qui, eux, nourrissent leurs contemporains. Par ailleurs, au fil des siècles, la famille Bourbon a maintes fois gagné l’équivalent du gros lot

Laisser un commentaire