Angel Huerga Fierro : son calvaire du « Mur des Fusillés » d’Eysses à la gare de Penne-d’Agenais

Hommage à Angel Huerga Fierro

Lors de la marche de 2024, Guy Victor, Président du comité ANACRi de Penne-d’Agenais, a rencontré Jean-Claude Gleize. M. Gleize lui a dit que le 30 mai 1944, il a vu passer une colonne d’une centaine de prisonniers, mains sur la tête, encadrés par des camions allemands. Depuis ce jour-là, Guy Victor mûrit un projet de plaque ou de borne informative qui commémorerait le lynchage d’un de ces hommes par les soldats SS : Angel Huerga Fierro.

Partenariat ANACR Comité de Penne / MERii 47

En avril 2026, en marge du congrès départemental de l’ANACR de Lot-et-Garonne, à Houeillès, MER 47 a accepté de participer à la réalisation d’une borne informative sur la demande de Guy Victor.

Le lieu d’implantation de la borne est situé au 215, route de Falgueras, sur la commune de Villeneuve-sur-Lot, et son inauguration est fixée au 30 mai 2026, date anniversaire du départ des prisonniers politiques d’Eysses à destination des camps de la mort allemands.

Si nous avons en mémoire ce dramatique événement, nous ne disposons pas d’archives qui puissent corroborer l’ensemble des faits en relation avec le massacre d’Angel Huerga Fierro. Toutefois, bon nombre de données sont présentes sur des sites Internet. En particulier celui du Musée de la Résistance en Ligne, ci-dessous dénommé MRL.

Prise de parole de Carmen Cruzol, administratrice de MER 47

Liens utilisés

Identité et origines d’Angel Huerga Fierro

Il est né à Madrid le 8 janvier 1911, fils d’Alphonse Huerga et Sophie Fierro. Ingénieur agronome, il est domicilié à Madrid avant la guerre d’Espagne.

Engagement politique pendant la guerre d’Espagne

Il s’engage dès le tout début de la guerre (1936) dans les services de renseignement républicains. Il est promu ensuite instructeur politique de division.

Arrestation, internement, condamnation en France

Après la défaite républicaine en Catalogne, il passe en France, au moment de la Retirada. Il est arrêté en 1940 par les autorités collaborationnistes de Vichy pour activités subversives (diffusion de tracts aux chefs de cellules du PCEiii). Il est interné successivement à la maison d’arrêt de Montauban, au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), puis à la 535ᵉ compagnie de travailleurs étrangers de Caussade. Il participe à la reconstitution clandestine du PCE parmi les Espagnols de Septfonds, sous les directives de Juan Antonio Turiel. Il est condamné le 6 janvier 1942 par le tribunal militaire de la 17ᵉ région à 10 ans de travaux forcés pour « détention et distribution de tracts d’inspiration étrangère et activité communiste ». Il est transféré à la maison centrale d’Eysses le 15 octobre 1943.

Rôle clandestin à Eysses

A Eysses, il est en réserve du triangle de direction de l’organisation clandestine espagnole de la centrale. Les internés politiques espagnols forment quatre groupes de combat dans le bataillon FFIiv de la centrale, sous l’autorité de Félix Llanos. Les Espagnols d’Eysses sont au nombre de ± 85, soit environ 7 % de la population carcérale et 43 % des étrangers. Ce sont, essentiellement, des Républicains exilés, des cadres du PCE/PSUCv, d’anciens officiers ou commissaires politiques de la Guerre d’Espagne.

Pourquoi il est mort

A la suite de la mutinerie de la centrale d’Eysses (19 février 1944) et de l’échec de l’évasion collective, Vichy livre les détenus aux Allemands après avoir fusillé 12 prisonniers dont 2 Espagnols. Cela, malgré la promesse de Schivovi et de Darnandvii d’absence de représailles si les mutins se rendent. Le 30 mai 1944, les 1 121 détenus restants sont transférés vers Compiègne puis Dachau. Ils sont escortés par les SSviii de la division Das Reichix. La même division qui pendra 99 hommes à Tulle et brûlera Oradour-sur-Glane quelques jours plus tard.

Circonstances exactes du lynchage

Faute de camions suffisants, environ une centaine de détenus font la route à pied, depuis la centrale d’Eysses jusqu’à la gare de Penne. Les prisonniers avancent au pas de course, les mains sur la tête, sous les coups des SS et des miliciens. Selon le témoignage d’André Lecuyer, codétenu présent à quelques rangs derrière, Huerga est extrait de la colonne sans explication apparente, projeté sur le bas-côté. Trois ou quatre SS s’acharnent à coups de crosse, de pied, de bâton et de machette.

L’origine du drame est découvert seulement à l’arrivée dans le wagon en gare de Penne-d’Agenais. Angel Huerga Fierro porte une ceinture sur la boucle de laquelle sont gravés une faucille et un marteau. Cette gravure d’inspiration communiste a exacerbé l’hostilité des SS.

Grièvement blessé à la tête, il décède dans le convoi en route vers Compiègne. Il est inhumé au cimetière de Compiègne. Il est déclaré « Mort pour la France » par décision du 27 décembre 1948.

Jean Lafaurie – ancien détenu politique à Eysses (102 ans) devant MER 47 et ANACR 47

i ANACR : Association Nationanle des Anciens Combattants (et Ami.e.s) de la Résistance.

ii MER 47 : Mémoire de l’Espagne Républicaine de Lot-et-Garonne.

iii PCE : Parti Communiste Espagnol.

iv FFI : Forces Françaises de l’Intérieur.

v PSUC : Parti Socialiste Unifié de Catalogne.

vi Joseph Schivo : directeur de la maison centrale d’Eysses, au moment de la mutinerie de février 1944. Ami de Darnand.

vii Joseph Darnand : chef de la criminelle « Milice ». Surnommé le « Bourreau des Français ».

viii SS : La Schutzstaffel (de l’allemand « escadron de protection »), plus communément désignée par son sigle SS, est une des principales organisations du régime nazi.

ix Division Das Reich : Au printemps 1944, cette division, provenant de l’Europe de l’Est, est mise au repos pour reconstitution, le long de la Garonne, d’Aiguillon aux portes de Toulouse, en passant par Montauban (son Quartier Général) et Caussade, d’où sont parties les unités qui ont écumé le Nord-est du Lot-et-Garonne, le 21 mai 1944.

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