À l’initiative de la municipalité, la bastide a dénommé rues et places aux noms de ceux qui ont donné leur vie pour la liberté — 86 ans, jour pour jour, après la tentative de soulèvement et d’évasion des 1 200 prisonniers politiques de la Maison Centrale d’Eysses. C’est sur la toute nouvelle place Jaume Seró-Bernat que la cérémonie a débuté, avec les mots de Madame Sophie Cortès, professeure d’espagnol au lycée Lot & Bastides. À ses côtés, cinq de ses élèves sont venues prêter leur voix à deux poèmes d’Antonio Machado. La jeunesse au service de la mémoire.
Le 20 février 2026, Villeneuve-sur-Lot a rendu un hommage solennel aux héros de la Résistance au fascisme.
Lors de sa prise de parole, en qualité de vice-présidente de notre association MER 47, Sophie Cortès retrace brièvement le parcours des Républicains espagnols.
Avril 1931. L’Espagne proclame la République. Cinq ans plus tard, Franco et ses généraux félons fomentent un coup d’État qui échoue. La guerre d’Espagne éclate. Elle durera trois ans.
En février 1939, près de 500 000 Républicains espagnols prennent la route de l’exil. Hommes, femmes, enfants. Ils laissent tout derrière eux.
Comme de nombreux exilés, deux hommes, Jaume Seró Bernat et Domènec Servetó Bertran rejoignent les rangs de la Résistance au nazisme. Ils avaient défendu leur pays contre le fascisme. En France, ils continuent le combat.
Capturés par le régime de Vichy — l’un en 1942, l’autre en 1943 — ils se retrouvent à la centrale d’Eysses. Le 19 février 1944, une insurrection échoue. Une tentative d’évasion aussi. Le prix à payer est lourd. Ils sont condamnés à mort. Le 23 février, ils tombent avec dix compagnons. Douze fusillés. Douze vies données pour notre liberté.
Il faudra attendre 2010 pour qu’ils soient officiellement reconnus Morts pour la France. Ils reposent aujourd’hui au cimetière Sainte-Catherine de Villeneuve.
Chaque année, l’association MER 47 — Mémoire de l’Espagne Républicaine en Lot-et-Garonne — se joint à l’hommage officiel rendu aux douze fusillés. Cette année, quelque chose de particulier : des rues et des places portent désormais leurs noms. Leurs noms gravés dans la ville. Sur des plaques. Dans la mémoire.
Et pour que cette mémoire vive, des lycéennes ont choisi d’être là. Inès, Jade, Lizéa, Lucie et Ludyvine. Elles ont pris sur leurs vacances. Elles liront à tour de rôle, en espagnol et en français, deux poèmes d’Antonio Machado — sur l’exil, et en hommage à Federico García Lorca, première victime du franquisme.
Transmettre. C’est le mot qui résume tout. Transmettre pour ne pas répéter. Transmettre pour construire.
Le point de vue de Louis Rodriguez
« Ce fut un grand moment pour notre vice-présidente Sophie, pour ses élèves qui avaient pris sur leur temps de vacances…et pour MER 47 si bien représentée.
De nombreux adhérents et amis de notre association avaient répondu présent à nos invitations…et heureusement car nous formions l’essentiel du public.
Le discours de Sophie (le seul qui fut prononcé lors de cette cérémonie !) était d’une excellente construction, et ses élèves déclamèrent de façon parfaite les merveilleux poèmes d’Antonio Machado. A l’issue de la cérémonie et en aparté, nous les avons chaleureusement remerciées…avec un brin d’émotion devant ce début d’engagement de nos Jeunes.
Alors oui, bravo et merci à Sophie et à ses élèves pour ce grand moment. »


