A l’occasion du 50e anniversaire de la mort du dictateur, que fait l’Espagne ?
Dans le cadre du 50e anniversaire de la mort du dictateur, Carmina Gustrán Loscos, historienne et commissaire du projet, s’explique. Elle met l’accent sur les réseaux sociaux qui deviennent le champ de bataille principal pour transmettre la mémoire démocratique aux jeunes. Il s’agit pour elle de mêler des ateliers aux conférences, de créer des jeux vidéo en collaboration avec des créateurs numériques. Tout cela dans le cadre d’« Espagne en Liberté ».
Article
L’interview réalisée par Público le 30 octobre 2025 avec Carmina Gustrán Loscos, historienne de l’Université de Saragosse et commissaire du programme « Espagne en Liberté », offre une vision détaillée des enjeux de la transmission de la mémoire historique en Espagne.
Les objectifs du projet « Espagne en Liberté »
Le programme, porté par le ministère de la Politique Territoriale et de la Mémoire démocratique, vise trois buts majeurs :
- Faire connaître le passé récent – la dictature franquiste et la transition – et rendre visibles les acteurs anonymes qui ont lutté pour la liberté.
- Célébrer les avancées démocratiques obtenues depuis les années 70.
- Créer des espaces de dialogue intergénérationnel afin de réfléchir collectivement au futur de la démocratie.
Le rôle central des réseaux sociaux
Selon Carmina Gustrán Loscos, les réseaux sociaux constituent aujourd’hui « le grand champ de bataille » pour toucher les jeunes. Les stratégies adoptées incluent :
- La collaboration avec des créateurs digitaux : influenceurs, vidéastes et streamers sont sollicités pour diffuser des contenus historiques sous forme de vidéos courtes, podcasts ou stories.
- Le développement d’un jeu vidéo : un projet ludique destiné à rendre les faits historiques interactifs et attractifs.
- Des ateliers dans les écoles : utilisation d’outils numériques pour animer des débats et des projets collaboratifs.
Ces actions cherchent à dépasser la traditionnelle diffusion académique, souvent confinée aux bureaux des universitaires, et à rencontrer les jeunes là où ils passent le plus clair de leur temps.
Le calendrier et la portée nationale
Le programme inclut près de 400 activités réparties sur tout le territoire espagnol, notamment : des conférences universitaires, des tables‑rondes, des expositions, des cycles de cinéma et des ateliers dans les collèges. Les associations mémorialistes, actives depuis des décennies, sont intégrées comme partenaires clés pour assurer la continuité et la légitimité du travail de mémoire.
Le 20 novembre 2025 : une commémoration sensible
Le 20 novembre, date de la mort du dictateur Franco, est abordé non pas comme une célébration de la mort, mais comme un point de départ pour rappeler les luttes ouvrières et citoyennes qui ont conduit à la démocratie. L’accent est mis sur les petites manifestations locales plutôt que sur un grand événement symbolique. Cela souligne la nécessité de « se souvenir pour construire ».
Les réponses aux critiques des droites
Face aux accusations de réouverture de blessures, Carmina Gustrán Loscos utilise la métaphore médicale : « il faut ouvrir une plaie pour la guérir ». Elle insiste sur le rôle indispensable des universités et des chaires de mémoire démocratique pour fournir une recherche rigoureuse et permettre une réflexion collective.
L’éducation et la formation
Le projet s’appuie sur trois niveaux d’action éducative :
- Des chaires universitaires de mémoire démocratique.
- La formation du corps professoral, soutenue par les Lois de Mémoire de 2007 et de 2022.
- Des programmes destinés aux étudiants, notamment via l’Institut Navarrais de Mémoire.
Les priorités et les défis
Carmina Gustrán Loscos identifie l’éducation comme priorité absolue : fournir aux enseignants des outils adaptés, garantir la visibilité des projets à l’échelle territoriale et assurer le financement nécessaire. Elle rappelle que la mémoire reste un « work‑in‑progress », nécessitant un effort continu de la société civile et des institutions.
Le slogan « Espagne en Liberté »
Le choix du slogan a suscité des débats, certains le jugeant trop triomphaliste. Cararmina Gustrán Loscos explique que la référence à 1975 marque le début de la transition, même si la pleine démocratie n’est apparue que plusieurs années plus tard. Le terme « liberté » sert ainsi à rappeler le chemin parcouru et à inciter à poursuivre le combat pour la démocratie.


