Journée de la Femme, l’exil au féminin, un exil de souffrances, de luttes et de solidarité

Autour du thème de l’exil au féminin, la de rentrée de l’association rassemble un public nombreux en ce 13 octobre 2019, à la Maison de la Vie Associative de Villeneuve-sur-Lot.. Heureux de se retrouver autour de la traditionnelle paella, au son des sévillanes dansées suivant une tradition désormais établie par nos amis de l’association .
Une écoute attentive et beaucoup d’émotion accompagnent la conférence de Maëlle Maugendre, dont vous pouvez consulter la vidéo ci-après, sur un aspect peu connu et peu étudié de l’exil au féminin.

Les lapins n’ont pas d’Histoire !

Les recherches de cette jeune historienne partent d’une interrogation : où étaient les femmes et quel traitement a reçu cet exil ? Le peu d’études et de sources auxquelles elle s’est heurtée lui a alors rappelé que l’histoire est écrite par les dominants, ce que l’historien Howard Zinn résumait par une boutade : « Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs ».

L’accueil de la française

Maelle Maugendre "l'exil au féminin"
Femmes en exil  : Les réfugiées espagnoles en France 1939 – 1942. Paru le 17 janvier 2019. Essai (broché)

En février 1939, avec le gouvernement Daladier, l’accueil n’est pas celui des années du Front Populaire. Face à un exil de masse, prévu et pour autant non préparé, une politique coercitive est mise en place par le décret-loi du 12 novembre 1938 visant à contrôler et interner ceux qui  sont qualifiés d’indésirables. Dès janvier 1939 de premiers camps sont créés, à Rieucros notamment qui recevra et réfugiés allemands antinazis avant de devenir un camp de femmes.

A ceux qui fuient la barbarie franquiste on ferme d’abord la frontière française pour l’ouvrir enfin à la suite de pressions, émanant notamment de la communauté internationale, aux femmes, enfants et blessés le 27 janvier 1939 suivis le 5 février des militaires, des hommes et adolescents.

Leur « accueil » se réalise d’emblée dans des conditions différentes. Pour les hommes les camps de concentration entourés de barbelés, sur la plage ou dans les champs, à ciel ouvert. Pour les femmes et les enfants, des espaces couverts, écoles ou autres, prélude à leur envoi, le plus souvent par convoi ferroviaire, vers des centres d’hébergement répartis sur 77 départements hors la région parisienne et les zones frontalières de l’Allemagne et de l’Italie.

Un quotidien fait d’humiliations et de précarité

Ces femmes séjourneront jusqu’à l’été 1940 dans des espaces variables, maisons, écoles, salles des fêtes, prisons désaffectées, parfois dans des endroits horribles mais toujours dans un cadre coercitif. Elles n’en sortiront que par le regroupement familial, une embauche ou pire un rapatriement forcé vers l’ franquiste. Pour d’autres, considérées toujours comme indésirables, ce sera l’envoi vers les camps de concentration où se trouvent toujours les hommes.

Ces femmes de l’exil, qui sont entre 80 000 et 95 000 en février 1939, voint leur nombre se réduire de 15 000 à 30 000 à l’été 1940. Mais les chiffres sont peu fiables car il suffiit dans un centre qu’un garçon soit présent pour que tout soit mis au masculin.

Par des entretiens avec les survivantes de cette période, Maëlle Maugendre appréhende mieux leur vécu. Les archives privées et notamment celles des structures d’aide aux réfugiés complétent ses informations sur leur vie et les rapports de force et de pouvoir qu’elles subissent. Dès la frontière passée c’estt la séparation d’avec les proches, l’impossibilité de communiquer dans une langue qu’elles ne maitrisent pas, embarquées dans des trains dont elles ne connaissent pas la destination pour un internement administratif dont elles ignorent la durée.

Et pour beaucoup, dans les centres d’hébergement, des conditions de vie dégradées, peu d’eau, une hygiène sanitaire déplorable, cause de maladies et de décès. A l’arrivée elles subissent la fouille et la désinfection, toutes nues devant gendarmes et bureaucrates, devant leurs enfants, elles, qui le rappelle aujourd’hui une de leurs filles, ne s’exposaient même pas au regard de leur compagnon.

Elles témoigneront toutes des violences physiques et sexuelles qu’elles subissent notamment en Lozère ou à -sur-Mer, des abus des gardiens, des viols et des pratiques d’ qui en résultent.

La conquête de la dignité par la solidarité et la

A cela, elles opposent la résistance individuelle ou en groupe, contre les rapatriements forcés aussi avec des révoltes dans les trains, parfois couronnées de succès. La solidarité entre internées permet de résister, l’entraide pour obtenir des timbres permettant de communiquer avec les proches, l’échange d’informations tirées des journaux, de la radio qui permet de localiser un compagnon, un membre de la famille. La solidarité aussi des populations locales, d’un maire, qui leur permet de sortir, de s’évader fut-ce de façon temporaire pour un travail qui procure quelques maigres ressources.

Et, autre forme de résistance, l’humour, la culture, l’éducation, pièces de théâtre, dessins, expositions, cours de langue, de sténographie, de littérature où chacune des internées partage ses compétences. Des actions, des regroupements politiques, des pétitions collectives font prendre conscience au groupe de sa puissance, permettent que les enfants soient scolarisés soit dans le centre d’hébergement soit à l’extérieur, à l’école publique.

Ainsi à Argelès-sur-Mer, le 23 mars 1941, elles sont plus de 500 pour protester contre l’envoi des brigadistes dans les camps de concentration d’Algérie.

De la sorte, conclut Maëlle Maugendre, par ces multiples actes de résistance ces femmes ont affirmé leur puissance d’agir sous toutes les formes y compris clandestines, et par là, elles peuvent être considérées comme des protagonistes de premier plan de l’exil espagnol.

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