LUIS CASARES UN HOMBRE DE VERDAD

Luis CASARES, le plus jeune d’’entre nous

Vieillir est le seul moyen de ne pas mourir jeune. En sommes-nous si sûrs ? Luis CASARES, lui, nous a prouvé le contraire.

Luis CASARES, un vétéran s’en va

La disparition de Luis CASARES m’’affecte. Elle m’’affecte parce qu’’avec sa disparition c’’est l’’Espagne de la première moitié du vingtième siècle qui s’’éloigne un peu plus, cette Espagne qui a déterminé pour plusieurs générations, le sort de ma famille comme de tant d’autres. Mais Luis CASARES était une figure singulière. Comme je fus impressionné lorsque j’’appris que Luis avait combattu. Je me souviens combien j’’ai apprécié l’’humilité avec laquelle il exposait à quel point ce fut difficile, à quel point cette épreuve excédait ce qui était admissible, tout particulièrement pour un adolescent de 16 ans seulement. Je me souviens comme je fus estomaqué d’’apprendre qu’’il était le neveu du premier ministre de la République, CASARES QUIROGA et le cousin de la célèbre actrice Maria CASARES. Il en parlait avec détachement, si naturellement, alors qu’’il s’’agissait pour moi d’’icônes inaccessibles. Je ne pouvais m’’empêcher de m’’interroger sur la vie que Luis aurait vécue, si un quarteron de généraux n’’avait pour satisfaire leurs ambitions, provoqué un pronunciamento. Je me souviens de la fierté que j’ai ressentie lorsque j’’ai présenté Luis à ma mère, de quinze ans sa cadette, qui était, avec des millions d’’autres, l’’un des enfants pour l’’avenir desquels Luis et ses camarades d’’armes, exposaient leurs corps aux balles des franquistes. Il était pour moi l’’un des visages de l’’armée de la République, l’’un de mes héros.

Luis CASARES, el genio de vivir

Luis ne se résumait pas à son parcours. Il était un Personnage, une Nature. Tenia genio. Le gustaba cantar y reir. Le gustaba vivir. Il ne mâchait pas ses mots. Luis était partisan de la parole directe, de la décision efficace. Peut-être avait-il acquis la liberté que confère le grand âge ; ne l’’ayant connu que dans sa dernière jeunesse, je ne peux l’’affirmer. Mais une chose me paraît certaine : Luis n’’était pas homme à abdiquer ses convictions, ni sa liberté. Il les exprimait sans fard ni circonvolution, mais avec force et détermination.

Luis CASARES, un homme debout

Luis CASARES avait des choses à dire ; il ne s’’est jamais tu. Nos seules réunions ne suffisaient pas ; il a pris la parole devant les collégiens et lycéens du département. Il a répondu à tous les interviews, en France comme en Espagne. Il a témoigné de sa vie, ultime arme qu’’il opposait au fascisme – peut-être la plus efficace. Luis CASARES n’’a jamais été démobilisé de l’’armée de la République. C’’est un combattant qui disparaît.

Luis CASARES ou l’’éternelle jeunesse.

Cesser de vivre à 96 ans peut paraître conforme à l’’ordre naturel. Toutefois nous sommes sans doute nombreux à avoir souhaité, en le voyant, être aussi vifs et alertes que lui à son âge. Il nous bluffait. Luis CASARES semblait défier les lois de la nature, comme jadis les colonnes franquistes. Pourtant il ne cachait pas, avec le naturel qui le caractérisait mais sans plainte, les affres du grand âge. Pourtant il ne se départissait jamais de sa bonne humeur. Il était de toutes les manifestations, de tous les repas, de tous les voyages. Il n’’hésitait jamais à se saisir du micro pour nous gratifier d’’un tour de chants. Luis CASARES était un jeune homme. S’’il est sans doute devenu un homme trop tôt, à 16 ans, il est resté jeune toute sa vie. Celle-ci fut grande et riche. A jamais, l’’artiste.

David LLAMAS

MER 47

Laisser un commentaire