Commémorations de Francescas et de Condom – 80ème anniversaire

Le massacre des Républicains espagnols à Francescas, le 20 juin 1944

Depuis le printemps 1944, les Allemands s’attendent avec certitude à un débarquement allié sur les côtes de France. Alors, ils entreprennent la « sécurisation » de leurs arrières. Pour ce faire, ils appliquent une technique militaire mise au point dans les plaines de Russie : la « terrorisation » des civils en incendiant les villages après avoir massacré les habitants.

A partir du 6 juin, jour du débarquement allié en Normandie, l’activité des Résistants autour de Castelnau-sur-l’Auvignon n’échappe pas à la surveillance de l’ennemi. En effet, quelques 400 maquisards sont présents dans ce secteur du Gers.

Le 20 juin 1944, Tomas Guerrero Ortega, alias « Camilo », commandant de la 35ème Brigade MOI, envoie en mission 6 hommes en direction du Néracais. L’opération est risquée car les Allemands sont partout.

Vers 11 heures du matin, un convoi allemand composé d’une vingtaine de véhicules, prend position dans Francescas et dans le moulin, voisin du village. Lorsque les guérilleros passent devant le village, pour s’engager sur la route de Nérac, un barrage allemand les bloque. Les Républicains espagnols s’extraient de leur voiture en tirant avec leurs armes, mais une mitrailleuse allemande, installée dans le moulin, en fauche 5 : Vicente DALLA BENLUCE, José MANCHANTE, Ramon PENILLA, Julian RAMIRO ANADON et Tomas SAN ANTONIO. Le sixième, Eusebio SALEGUI, réussit à s’enfuir. Dans un champ en cours de labour, il aperçoit un homme qui abandonne précipitamment son attelage de vaches. Il prend la place du laboureur et parvient à disparaître.

En fin d’après-midi, Camilo et l’agent du SOE britannique « Hilaire » sont convaincus que l’attaque allemande sur leur refuge de Castelnau-sur-l’Auvignon est imminente.

Les commémorations de Francescas et de Condom

Allocution prononcée le 20 juin 2024 à Francescas par David LLAMAS 

Vicente DALLA BENLUCE, José MANCHANTE, Ramón PENILLA, Julián RAMIRO ANADON, Tomas SAN ANTONIO ont affronté la fureur de leur temps. L’effervescence du nôtre bruisse jusqu’à ces collines verdoyantes, où tout incline pourtant à la quiétude et à la douceur.

Les mots d’insécurité, d’immigration, d’extrêmes sont dans toutes les bouches. L’histoire peut-elle bégayer ?

Le crime ici commis le 20 juin 1944 fut sans doute le plus grave perpétré sur le territoire de cette commune : un quintuple assassinat. L’insécurité déjà, mais d’une force effrayante jamais égalée.

Les victimes n’étaient pas françaises, mais espagnoles. Cela émousse-t-il notre émotion ? Je ne peux le concevoir. Quant aux coupables, ils portaient l’uniforme de la Wehrmacht. Un crime entre immigrés. Décidément tout nous ramène à l’actualité.

Au siècle dernier l’accueil des Espagnols en France était loin de faire l’unanimité. Fauteurs de troubles, porteurs d’idéologies subversives, ils étaient accusés, suprême opprobre, de briser l’élan économique… « Sale race » ai-je plusieurs fois entendu dans mon enfance, à l’endroit de mes parents, dont l’accent trahissait l’origine. Près d’un siècle plus tard les mêmes antiennes sont ressassées jusqu’à la nausée.

Pourtant nombre de ces Espagnols ont rejoint les rangs de la Résistance. Ils ne furent pas les seuls étrangers à choisir cet engagement. La Résistance fut une internationale de combattants pour la liberté. N’oublions pas qu’il y a quelques mois Missak Manouchian entrait au Panthéon. Lui non plus n’était pas Français.

En comparaison de leur poids démographique dans la population, les étrangers étaient surreprésentés dans la Résistance. Il serait ainsi plus juste de parler de Résistance en France, que de Résistance française. Heureusement notre pays s’honore de juger les hommes sur leur valeur, non selon leur nationalité.

Le collaborateur François Darlan est né près d’ici, à Nérac. J’ose préférer un Manouchian venu d’ailleurs, à un Darlan de chez nous. L’un des traîtres français à la République a connu un destin singulier : Léon Gaultier. Secrétaire général à l’Information du gouvernement du maréchal Pétain, chroniqueur à  » Radio Vichy « , co-fondateur de la milice française, il a également servi sous uniforme allemand.

Le même uniforme que les criminels qui ont exécuté les cinq Espagnols dont nous honorons la mémoire, mais avec sur le col le double S de la Waffen SS. Bref, ce Léon Gaultier a suivi le parfait parcours du nazi de compétition. Après la libération, il a été condamné à l’indignité nationale.

Indigne pour la Nation certes, mais par pour tout le monde. En effet, en 1972 il va cofonder un parti politique. Son premier président fut condamné pour contestation de crime contre l’humanité. Sa deuxième présidente, s’affichait jeune aux côtés de l’ancien Waffen SS, Franz Schönhuber. Le troisième président, masque sur les réseaux sociaux sa pensée sous pseudonyme.

En 2019, le tribunal correctionnel d’Agen déclarait une ex-candidate de ce parti dans le département, coupable de contestation de crime contre l’humanité.

Alliés de longue date des néo-nazis allemands, ils viennent de découvrir que ceux-ci sont infréquentables. Ils continuent pourtant de frayer avec les néo-fascistes italiens et les néo-franquistes espagnols.

La petite entreprise du nazi Léon Gaultier et de ses amis, est aux portes du pouvoir. Alors rappelons, avant que la honte ne fasse place à l’effroi, que nos bulletins de vote puisent aussi leur encre dans le sang et la sueur des étrangers qui ont combattu pour ce pays et l’ont rebâti.

Les cinq étrangers dont les noms sont gravés sur cette stèle incarnent la France.

Allocution prononcée le 21 juin 2024 au cimetière de CONDOM par Jean Claude DABE

C’est grâce à l’espérance d’un idéal de liberté partagé par quelques hommes et femmes que la restauration de l’honneur de la France fut possible en 1944. Cette flamme de la résistance qu’ils ont allumée, il ne faut surtout pas la laisser s’éteindre.

Cet honneur sauvé de la politique de collaboration de l’extrême droite française avec l’occupant nazi, nous le devons au courage et à la détermination des combattants résistants qui ont donné leur vie pour que la victoire du 8 mai 1945 soit possible.

Des combattants comme ceux dont nous honorons aujourd’hui la mémoire; ces guérilléros du maquis espagnol qui ont livré le combat de Castelnau-sur-l’Auvignon le 21 juin 1944 sous le commandement de Thomas Ortega Guerrero plus connu sous son nom de résistant CAMILO, guérilléros qui défendirent avec ardeur le village et qui payèrent d’un lourd tribut leurs actes de bravoures.

La mention officielle «Morts pour la France» fut d’ailleurs décernée par le Ministre de la Guerre à ceux qui laissèrent leur vie à Castelnau, afin d’honorer leur mémoire et rendre hommage à leur sacrifice.

Nous devons, aujourd’hui, alors que l’extrême droite est à la porte du pouvoir, nous inspirer plus que jamais de leur amour de la démocratie et de la liberté, de cette conviction qui était ancrée en eux qu’il n’y a de fraternité qu’universelle, valeurs qu’ils ont si courageusement défendues hier et qui sont, si souvent encore, bafouées dans ce monde.

Plus que jamais ces valeurs, alors qu’elles pouvaient sembler acquises, sont aujourd’hui menacées et à reconquérir, dans la persévérance, la volonté, le courage, le respect, comme l’ont fait ceux que l’on honore à cet instant autour de cette stèle et dont les noms sont gravés à jamais dans la pierre et dans nos cœurs.

Comprenons ce que représente cette cérémonie, accomplissons notre devoir de mémoire, seul à même de remédier à l’amnésie collective

que l’on y songe, 44% de suffrages se sont portés à Castelnau sur l’Auvignon, oui à Castelnau sur l’Auvignon ! sur les candidats de l’extrême droite !

Transmettons aux plus jeunes cette mémoire nous le devons à ceux qui ont combattu pour la liberté, ceux qui ne se sont jamais résignés, qui n’ont pas abdiqué, et grâce auxquels l’humanité a pu de nouveau croire en elle .

MERR32 vous remercie tous, pour votre présence ici ce matin et plus particulièrement la plus âgée d’entre nous ici présents, qui a vécu la Retirada à l’âge de 10 ans et qui était présente à la morgue de l’hôpital de Condom il y a 80 ans pour se recueillir sur les dépouilles de ceux qu’honore cette stèle.

Nous vous remercions pour cette fidélité dans le témoignage du souvenir et de l’hommage bien mérité que nous rendons à ces hommes grâce à qui nous avons pu vivre libre jusqu’à aujourd’hui.

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