LES REPUBLICAINES ESPAGNOLES SORTENT DE L’OUBLI

JOURNEE CONSACRÉE AUX LUTTES DES FEMMES REPUBLICAINES ESPAGNOLES CE 8 MARS 2015

C’est par une belle journée ensoleillée que l’association pour la Mémoire de l’Espagne Républicaine MER 47 nous a accueillis au sein de la maison des associations de Villeneuve sur Lot. Il s’agissait, en cette journée de la femme, de rendre hommage au combat des femmes républicaines espagnoles qui ont payé un lourd tribut lors de la guerre civile espagnole et la désastreuse Retirada sur le sol français dans les premiers mois de l’année 1939.

 Deux temps forts riches en témoignages

L’hommage aux femmes républicaines s’appuyait autour de deux temps forts : une conférence de Maelle Maugendre, historienne, spécialiste de l’histoire des femmes espagnoles réfugiées en France, et un documentaire suivi d’un débat d’Odette Martinez Maler, maître de conférence en Etudes Hispaniques de l’université de Montpellier et fille de guérillero des maquis de Léon-Galice dans le Nord-Ouest de l’Espagne.

La conférence de Maëlle MAUGENDRE
La conférence de Maëlle MAUGENDRE

 Maelle Maugendre ou les femmes républicaines espagnoles réfugiées en France

L’historienne, docteur en Histoire contemporaine a parlé de ses recherches sur le sort des femmes réfugiées espagnoles et le rôle des autorités françaises, lors de la Retirada de janvier-février 1939, où plus de 450000 personnes, fuyant la défaite imminente et un régime victorieux et sanglant, sont venues chercher refuge auprès d’un pays voisin et « ami ».

Parmi ses réfugiés, il y avait un contingent de 90 000 femmes, dont l’action et la présence sont difficiles à retracer. En effet, les mots des femmes à l’époque sont trop souvent prononcés par des hommes, les documents administratifs remplis également par des hommes. Les femmes sont sous la tutelle des hommes. Il a donc été difficile de retrouver leur trace dans les sources.

De même, Maelle Maugendre a rappelé que les matériaux d’historiens ont trop souvent été le produit d’hommes.

Il était donc grand temps de faire émerger les femmes républicaines comme sujets politiques à part entière et les faire sortir des stéréotypes traditionnels de victimes. Inutile de rappeler en préambule que de très nombreuses femmes sont par la suite entrées dans la Résistance française au péril de leur vie.

 Les femmes républicaines espagnoles et la Retirada

 Maelle Maugendre a pu retrouver quinze survivantes avec qui elle a réalisé des entretiens.

Ces femmes évoquent le passage de la frontière en ce froid début d’année 1939. Des opérations de recensement et de triage sont mises en place pour essayer de contrôler cette marée humaine. On sépare les civils des militaires et les hommes des femmes. Cela donne lieu à des scènes déchirantes. Les hommes se retrouvent très souvent à la belle étoile derrière des barbelés, tandis que les femmes et les enfants sont cantonnés dans des espaces de transit, notamment des écoles.

Les femmes et les enfants bénéficient au départ d’une mobilisation plus forte de la population et des autorités. Mais on leur parle mal, elles subissent des vexations comme des fouilles au corps masculines. Pour se révolter, elles chantent. Elles se travestissent en hommes pour aller rejoindre leur compagnon. Elles font toutes sortes de travaux pour rester dans la réalité du temps présent et s’occuper.

 Mettre en lumière les femmes républicaines espagnoles, courageuses actrices trop souvent laissées dans l’ombre

 Ce sont souvent de jeunes femmes de 18 à 30 ans, des jeunes filles, des mères, des veuves, mais aussi des combattantes pour certaines d’entres elles, des responsables syndicales.

Elles doivent subir l’exil, la présence dans un pays dont elles ne connaissaient pas la langue, un accueil distant voire hostile, l’enfermement et la surveillance, le non respect de leur intimité par des hommes.

A partir de 1940, la France est envahie par l’Allemagne et connaît un fort exode des populations de l’Est. L’accueil de ces derniers va devenir prioritaire et les réfugiés espagnols vont être internés en masse dans les camps de concentration. Les femmes vont se retrouver souvent à Argelès ou Rieucros, où elles ne reçoivent aucune considération, et doivent se battre contre la malnutrition et le manque d’hygiène. L’encadrement masculin se livre à des sévices comme des viols ou des perquisitions forcées sur ces personnes dites vulnérables dont personne ne prend la défense.

Mais elles résistent pour survivre et ne pas se laisser aller : elles se livrent entre autres à une grande activité épistolaire contournant la censure pour correspondre avec un parent ou un bien-aimé. Certaines réussirent à s’évader. La combativité de ces femmes ne se perd jamais malgré plusieurs mois de captivité. Des familles politiques se recréent. Elles s’organisent en brigades pour se défendre des surveillants français qui veulent abuser d’elles.

Beaucoup s’engagent dans la Résistance, notamment celles qui étaient déjà militantes en Espagne.

La co-réalisatrice Odette MARTINEZ MALER
La co-réalisatrice Odette MARTINEZ MALER

 L’ile de Chelo ou l’histoire extraordinaire d’une femme républicaine espagnole ordinaire

 Odette Martinez Maler présente l’histoire d’une femme née en 1919, au fort accent galicien et répondant au prénom de Chelo. Consuelo Rodriguez Montes, une femme ordinaire, nous raconte son histoire extraordinaire.

Cette femme, à la voix si douce, quitte l’espace d’un voyage l’Ile de Ré où elle vit et nous conduit dans les montagnes galiciennes près de Lugo. Elle se recueille devant une stèle indiquant l’emplacement de la fosse où ont été enterrés ses parents après avoir été abattus par les franquistes en 1939. Elle évoque cette époque si lointaine déjà, mais si vivace, où elle a vu partir ses parents pour ne plus jamais revenir, sa famille décimée, la résistance armée dans les maquis de montagne, son rôle d’agent de liaison, et surtout son amour pour un combattant, Arcadio dont elle devient la compagne. Il sera abattu en 1946 et elle sera évacuée à l’étranger pour survivre, après un certain nombre d’arrestations.

Tous ces fantômes sont finalement réunis dans un petit cimetière galicien, devant quatre fosses anonymes, sur lesquelles est posée une plaque identifiant les corps enterrés. Il s’agit entre autres des fosses d’Arcadio et de son frère. Chelo peut évoquer et faire revivre ce qu’elle appelle « son amour éternel ».

Chelo a perdu Arcadio, ses trois frères ainsi que ses parents dans cette guerre. Elle a trouvé refuge en France, a pu se marier et avoir des enfants. Mais pour elle, le temps s’est arrêté en 1946, avec la mort de son amant Arcadio.

Un débat a suivi le documentaire et de nombreux spectateurs dans la salle ont pu témoigner de leur expérience propre.

 Une exposition pour honorer la journée de la femme

Cette journée a été couronnée par une exposition de peinture réunissant deux artistes féministes : Tina Fromhart et Valérie Bellotto. L’une évoque la beauté de la femme, son corps, son esprit, ses couleurs, l’autre met en relief les violences physiques, psychologiques ou verbales qui leur sont faites. Nous les remercions ainsi que Maelle Maugendre et Odette Martinez Maler pour avoir montré à quelle point une femme peut être forte et résister à l’adversité.

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