Josep – un film d’animation pour évoquer la Retirada

ou la Retirada et les camps de concentration

Pendant une quinzaine de jours, le film d’animation « Josep » a tourné dans les salles de cinéma associatif du Lot-et-Garonne. Promu par Ecrans 47 et soutenu par MER 47, il a été l’occasion de faire connaître un épisode douloureux vécu par nos ascendants, , lors de la Retirada – la retraite stratégique de l’armée républicaine espagnole de Catalogne. Vous trouverez ci-après la synthèse des réactions des adhérents de MER 47 ayant participé aux projections.

Le film « Josep » a attiré un nombreux public

Comme nous l’avons dit plus haut, cet article rassemble tout ce qui a été perçu par nos animateurs lors de ces projections. Le public a répondu présent malgré la situation sanitaire préoccupante. En moyenne, plus d’une centaine de spectateurs s’est retrouvée dans chaque salle pour découvrir un sujet éminemment historique.

Le public ne connaissait pas forcément la Retirada

Derrière les barbelés (extrait de la B.-A. du film d’Aurel)

En règle générale, même s’ils ont entendu parler de la retraite des Républicains , peu nombreux sont ceux qui ont une connaissance précise des conditions dans lesquelles se sont déroulés les faits : la séparation des familles – les hommes parqués dans les camps de concentration, et les femmes et les enfants répartis dans des centres d’accueil sur toute la France, la promiscuité, la maladie, la

« Josep » : une bonne occasion de parler de :

La IIe espagnole

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Allégorie de la IIe République espagnole

La Retirada est la conséquence de l’effondrement de l’armée républicaine sous les coups de boutoir de l’entente fasciste européenne. Mal équipée, suspecte des démocraties occidentales préférant Berlin à Moscou, traversée par des dissensions profondes, sa chute marque la fin du rêve démocratique incarné par la République. Malgré tout, nous ne pouvons pas passer sous silence les indéniables avancées du Frente Popular en matière de santé, d’éducation, de progrès social…

La résonance avec les « migrants » d’aujourd’hui

Au cours des débats, a été évoqué l’attitude du gouvernement Daladier et ses décrets sur les « indésirables » ce qui a permis d’ailleurs de faire le lien avec la politique actuelle vis-à-vis des réfugiés. Nous pensons que le gouvernement Daladier n’a pas été pris de court par l’arrivée massive de 500 000 personnes en février 1939. Il connaissait la situation en , il a donc sciemment laissé pourrir la situation en espérant que ces « rouges » retournent d’eux-mêmes dans leur pays.

Le triomphe des conservateurs et réactionnaires européens

Parallèlement à l’anéantissement du Frente Popular et de la République par les , le gouvernement Daladier a, dans la même période, pris les décrets « misère » contre les acquis du Front Populaire et notamment la « loi de paresse et de trahison nationale » en fait la loi des 40 heures. Ce qui conduit à un conflit social avec grèves et occupations matées par une très dure contre les syndicats et associations progressistes. Cette situation a limité les possibilités d’actions de solidarité de la part de ces organisations très affaiblies.

La culture dans les camps et l’engagement dans la Résistance française

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L’art dans les camps (extrait de la B.-A. du film d’Aurel)
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Jose Alonso, , Chef d’état-major de la 3e Brigade des Guérilleros, libérateurs de la ville de Foix -Ariège

Un autre aspect du débat a porté sur l’activité intense dans les camps au  niveau culturel, éducatif, créatif… Dans les camps, les organisations se sont structurées. Puis est venu le temps des CTE – GTE qui ont ensuite débouché sur l’engagement massif des républicains espagnols dans la résistance française.

Critique du film

Un intérêt certain pour le jeune public

Les Lycéens d’ ont eu droit à une séance animée par leur professeure d’Espagnol. Ils ont particulièrement apprécié l’ouverture du film par le passage de témoin entre le grand-père et le petit fils. C’est un point d’accroche important pour ces élèves.

L’art dans les camps

Avant de parler de la partie du film consacrée à la vie dans les camps, nous estimons que ce film est esthétiquement beau. L’animation minimaliste permet d’apprécier le coup de crayon d’Aurel, le réalisateur-dessinateur.

Cependant, si l’auteur exprime son point de vue en s’appuyant sur l’ouvrage publié par le neveu de Josep Bartoli, il ne nous restitue pas entièrement l’atmosphère des camps telle que nous l’ont léguée nos parents ayant traversé cette épreuve. Deux exemples sont emblématiques du manichéisme présent dans ce film :

Les gendarmes

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Gendarme et des soldats coloniaux (extrait de la B.-A. du film d’Aurel)

Tous les gendarmes sont des salops, sauf un, le grand-père passeur de mémoire. Fachos et racistes les gendarmes ? Il y en avait sûrement, mais ils agissaient dans le cadre de la politique du gouvernement Daladier. Sinon comment expliquer la facilité avec laquelle ont pu être produites autant d’œuvres à l’intérieur et à l’extérieur des camps sans au minimum leur indifférence.

Les troupes coloniales

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Réfugiés républicains sous la garde des spahis marocains

Le seul représentant notoire des troupes coloniales est un brave tirailleur sénégalais, un peu philosophe. Aucune trace des Spahis marocains qui pourtant ont sillonné les routes de l’, à cheval et sabre bien visible. Une manière de rappeler aux réfugiés la brutalité légendaire du tercio franquiste.

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