QUEIPO DE LLANO, LE BOUCHER DE L’ANDALOUSIE

Les militaires soulevés ont toujours besoin d’un ennemi pour se justifier

Au moment où est rédigé cet article, François Robinne explique, sur France Culture et au sujet du coup d’état militaire en Birmanie, que les officiers généraux n’ont pas besoin de légitimité mais seulement de se trouver un ennemi. C’est exactement ce qu’ont fait les généraux félons espagnols en 1936. En la matière, de Llano n’est pas en reste, lui qui a utilisé la radio pour appeler au meurtre en accusant les républicains d’abriter des rouges dégénérés, des homosexuels, des pratiquant l’amour libre et en désignant Moscou comme l’artisan du désordre politique, social et de la dépravation morale de la société .

Un personnage complexe au caractère fantasque et putschiste

Le marquis Gonzalo Queipo de Llano, né en 1875 à Tordesillas (petite ville où fut emprisonnée la fameuse Jeanne la Folle) proche de Valladolid, est passé par l’Académie de Cavalerie de Valladolid avant d’aller combattre comme sous-lieutenant à Cuba pendant la guerre d’indépendance. Ayant participé à plusieurs campagnes coloniales au Maroc, il obtient le rang de général de brigade en 1923. Son indiscipline notoire lui vaut de nombreuses sanctions au cours de la dictature de Primo de Rivera. On notera sa participation à la Sanjuanada de 1926.

Pendant la dictablanda du général Berenguer et après le soulèvement de Jaca, Queipo participe en tant que codirigeant au putsch pro-républicain de l’aérodrome militaire de Cuatro Vientos (Madrid) le 15 décembre 1930. Dans cette opération, menée avec des aviateurs comme Ramón (le frère cadet du futur dictateur), il prend le contrôle de la radio et répand la fausse nouvelle : la République a été établie dans toute l’Espagne. Ayant échoué dans sa tentative, Queipo s’enfuit au Portugal avant de gagner la France où il fait la connaissance d’Indalecio Prieto, dirigeant socialiste, parmi d’autres . Le 25 février 1931, il est démis de ses fonctions par ordre royal.

La IIe République

L’avènement de la République, lui permet de revenir en Espagne. Son aventure tellement insensée fait de Queipo un héros républicain populaire. Il est immédiatement réhabilité par le gouvernement provisoire en tant que capitaine général de Madrid. Il est considéré comme l’un des militaires les plus importants de la jeune démocratie. Comme inspecteur général de l’armée et membre du Conseil supérieur de la Guerre, il soutient avec aplomb les réformes mises en œuvre par Manuel Azaña alors ministre de la Guerre.
Sa compromission avec certains parlementaires et ses excès vont le discréditer jusqu’à ce qu’il soit destitué par le conseil des ministres début 1933. Sa relégation prend fin quand le gouvernement de droite, durant le bienio negro, le réintègre comme inspecteur général des carabiniers.

La guerre civile

La destitution du Président de la République Alcala Zamora par le Parlement en avril 1936 exacerbe les délires de Queipo de Llano. Le chemin de la trahison est ouvert. Il rejoint les généraux et Sanjurjo (groupe auquel vient s’agréger Franco), principaux instigateurs du coup d’Etat contre la République en déclenchant la guerre civile, premier acte de la Seconde Guerre Mondiale. Ce ralliement, comme celui de tant d’autres, part d’une grande logique tellement sa cruauté est incompatible avec les valeurs d’une démocratie républicaine. Il prend dès lors en charge, à sa manière, « le rétablissement de l’ordre » en .
Nous ne nous étalerons pas sur l’étendue des crimes dont il est l’instigateur, car la liste est affreusement longue. Rappelons simplement qu’à Séville, il fait exécuter 3 000 personnes, à Malaga ce seront 4 000 martyrs, etc….Pour mémoire, Antonio Bahamonde, chargé de sa propagande, avance, en 1938, le chiffre des à 150 000. Effroyable ! Cela fait de l’Andalousie l’une des régions les plus meurtries par le franquisme. Un vrai génocide, car ces assassinats ont été planifiés ! Ses émules torturent et tuent à tour de bras. Dans la biographie de Federico Garcia Lorca, Ian Gibson accuse Queipo d’avoir donné l’ordre d’exécution de notre grand poète. Toutefois cette assertion ne peut pas être retenue du fait de l’absence de documentation vérifiable.

Aujourd’hui

en 1951, l’Eglise reconnaissante de ce « saint homme » le reçoit en sa basilique de la Macarena de Séville. Mais tout comme pour Franco et le Valle de los Caidos, la loi sur la fait obligation de déplacer les restes du bourreau, afin de le soustraire à l’hommage des nostalgiques, en particulier ceux du parti d’extrême-droite VOX. Mais l’Eglise, magnanime, l’a gardé en son sein, en le transférant dans le colombarium de la Macarena ! Si vous passez par-là, vous avez le choix entre brûler un cierge ou cracher………. Moi j’ai fait le mien !
AUJOURD’HUI, EN 2021, la page est loin d’être tournée. Les crimes de Queipo sont publiquement rappelés par les Associations Mémorielles et par les travaux de recherche des fosses communes contenant les restes de femmes lâchement assassinées, souvent après avoir été torturées et violées. Cinq grandes fosses sont répertoriées. Deux sont localisées avec certitude, ce qui a permis l ‘exhumation de ces femmes martyrs, à Guillema, près de Séville, et à Grazalema proche de Cadix.
Dans la province de Huelva, on trouve les fosses de Higuera de la Sierra où furent exécutées 16 femmes du village voisin de Zufre et celle de Guzman. Dans celle d’Aguaucho, 40 corps ont été sauvagement jetés. A ce jour, alles n’ont pas pu être localisées avec certitude, mais elles font l’objet de recherches intenses.
Nous ne sommes pas dans le passé mais bien dans le présent. Il est de notre devoir, en tant qu’Association Mémorielle, de porter à la connaissance des jeunes générations les révélations sur le vrai visage du franquisme, aux antipodes de celui inculqué durant des décennies par les vainqueurs de cette guerre.

Louis Rodriguez, J. Michel Cortes

Manifestation pour la Mémoire Historique en hommage aux représailles des femmes sous le commandement du général Queipo de Llano lors de la répression franquiste, qui s’est déroulée dans le quartier de la Macarena de Séville, le 24 mai 2013.

Reportage radio de RNE-Radio 5, auquel ont été ajoutées des images de la guerre civile et d’autres extraits des interventions radio du général Queipo.

Documentaire: “La répression franquiste à la mairie de Séville”
Moyen métrage réalisé en 2018 par Remedios Malvarez

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